Ce qui est créateur en l'homme, ce ne sont pas ses idées, ce sont
ses forces spirituelles. L'homme occidental a cru à la puissance de
l'Idée qui investit la nature, à l'immanence du sens, à la transcendance
de la raison. Ce rationalisme qui est le propre de nos grands
artisans de la révolution intellectuelle des Lumières, s'est imposé
dans tous les domaines de la vie.
La Raison a pris le pouvoir au détriment de l'Esprit. Aujourd'hui,
elle prétend bâtir sur la violence, sur la pseudo-découverte
de la thanatocratie universelle, alors que la rupture du
lien tant individuel que social dont nous souffrons ne peut se
réparer car la déchirure a divisé l'être profond. Elle a dédoublé le
coeur, dissocié la personnalité, porté atteinte à l'intégrité de la
personne.
C'est pourquoi il importe de retrouver le centre intégrateur seul
capable de recomposer les éléments disjoints. C'est la personne qui
est le lieu de l'universel où les conflits sont surmontés, le lieu de
l'esprit et de la liberté. On ne crée pas du lien, on le ressuscite
quand on retrouve le chemin perdu de ce lieu, le «lieu du coeur»
qui est au centre de l'être.
«...Au sein de cette guerre de tous contre tous, on peut se
demander si la possibilité même d'une union entre les êtres existe
encore quand on voit chaque jour la rupture entre eux s'aggraver
sous l'effet du rouleau compresseur d'un discours qui transforme
l'ami en ennemi, le voisin en rival, le frère en étranger, l'homme en
bourreau et la femme en victime, rendant chaque fois l'un plus
odieux aux yeux de l'autre...
...Les philosophies de la rupture, de la quête individuelle
d'autonomie, qui nous font vivre dans l'affrontement, apparemment,
ne provoquent aucun cri de protestation ou de peine jailli du
coeur de l'homme, tant le coeur est devenu vide...»