Il y a un paradoxe de la trahison : elle est susceptible de se manifester
en de nombreuses circonstances, elle peut investir toute forme de
lien (de la relation dans un couple aux relations politiques) mais elle
est en même temps relativement absente des discours savants.
Cette situation est d'autant plus étonnante qu'étudier la trahison
permet de comprendre certains aspects de notre histoire et de notre vie
quotidienne. Comme l'illustrent les diverses contributions à cet ouvrage,
analyser la trahison nous permet d'interroger les rapports entre les
individus et les ensembles dont ils sont membres. C'est là un moyen
de questionner l'appartenance à un groupe et l'engagement, quelles
que soient les époques ou les situations considérées. Cela nous renseigne
aussi sur les formes élémentaires du politique et l'imaginaire qu'il
charrie, hier comme aujourd'hui. Mais étudier et analyser la trahison
permet également de comprendre comment les groupes sociaux réagissent
aux situations potentiellement dissonantes et de saisir comment
ils tentent de s'en prémunir afin de se maintenir et de perdurer. Enfin,
la trahison est un bon révélateur des conventions et des normes qui
régissent au quotidien nos rapports sociaux et en constituent l'invisible
soubassement : parler de trahison, c'est aussi évoquer la confiance, la
fidélité et la loyauté.
En croisant les regards sur la trahison, en analysant les perspectives
sur ses différentes expressions et représentations, mais aussi en jouant
sur les situations et les façons de les considérer, cet ouvrage entend
combler le déficit de connaissance qui prévaut actuellement sur cette
thématique et les figures qui l'incarnent.