En fallait-il du courage à l'époque (1870) pour partir, laisser tout derrière soi, traverser la France, peuplée de brigands, voguer sur cette mer Méditerranée et affronter ses terribles colères. Oui ! Il en fallait du courage pour partir en exil ! Une fois arrivé, il a fallu cacher sa déception de ne trouver que des marécages et de la caillasse. Et se mettre au travail. Il en fallu des efforts, du courage, du travail, de la sueur, de la ténacité pour arracher de cette terre aride et caillouteuse, les pierres, les racines énormes des palmiers nains, les cistes, les ronces. Creuser à mains nues des puits très profonds pour trouver cette eau si précieuse. Résister à la chaleur, aux fièvres, aux bandits. Assécher les marais. Travailler avec son arme sur l'épaule. Se barricader le soir pour protéger sa famille, ses maigres biens et sa récolte. Ensemencer, s'adapter à ce nouveau climat, nourrir sa famille pour, enfin, voir sortir de cette terre rouge et fertile : le blé, la vigne et pouvoir respirer et se dire c'est ma terre, je peux nourrir mes enfants. Ils auront une autre vie que la nôtre, une vie plus facile. N'oubliez pas, enfants, que cette terre a été enrichie par toute une génération d'hommes et de femmes qui sont morts pour qu'elle devienne cette terre que vous connaissez. Ils avaient la force de recommencer, encore, et encore avec cette Foi inébranlable qu'ils avaient en eux et en leur pays. Hélas quelques générations après il a fallu faire le chemin inverse, retraverser la Méditerranée, et repartir à nouveau sur les chemins de l'exil. Médaille de Vermeil des Arts et Lettres de France.