Ni du voyage, ni du paysage. Le titre reprend la première épigraphe tirée,
comme la plupart d'entre elles, des poèmes d'Ève, une femme en morceaux,
qui ne sait pas dire «je». Le roman retrace l'histoire de Kurt, un
écrivain en mal d'inspiration ; il découvre le journal de cette femme qu'il
a aimée, et choisit d'en faire un roman. Les écrits d'Ève évoquent ses
errances, quand elle parcourt le monde d'Est en Ouest et du Nord au
Sud, à la recherche d'une impossible identité. Sa vie d'artiste, le théâtre et
la musique, l'amènent du silence aux mots, de la poésie au récit. Ses rencontres
amoureuses avec des hommes qu'elle a perdus, sa «chasse aux
mâles», comme le dit Kurt, jalonnent sa révolte et sa quête chaotique de
liberté.
Quand Kurt meurt, elle découvre son livre...
En lisant ce premier roman de Corinne Colmant, le lecteur sera surpris
par le caractère et la hauteur des personnages. Livre étonnant parce
que, au-delà de l'histoire déjà très riche, on se laisse entraîner par le style
à la fois direct et flamboyant.
Les événements s'enchevêtrent comme dans un puzzle savamment
construit qui prend sens peu à peu. Histoires de vies, de quêtes et de
réappropriations ponctuent ce roman à travers le filtre des émotions des
personnages dont les témoignages ou écrits littéraires se rejoignent au
confluent de l'aventure et de l'intime.
À sa manière, Corinne Colmant réinvente le roman en y mêlant une
réalité tantôt dévoilée, tantôt rêvée par ses personnages qui chevauchent
l'existence et nous séduisent par leur côté aussi épique que déluré.