Quand on les côtoie en bons voisins, on a le sentiment
que les canaux d'irrigation ont toujours fait partie de
nos paysages. Leur présence discrète nous fait oublier
qu'il s'agit là d'ouvrages d'une grande richesse,
savamment conçus, au prix de durs labeurs, par des
ingénieurs exigeants et qui ont bouleversé les modes de
vie de leurs riverains. Chacun a son histoire singulière et
c'est celle de l'un d'eux, et non des moindres en haute
Provence, que nous vous contons ici.
Le canal de Manosque est l'aboutissement d'un projet
mené de haute lutte et pendant des décennies pour
distribuer les eaux de la Durance, en un partage équitable, dans un réseau chevelu de quelque 300
kilomètres de rigoles d'arrosage. Son creusement dans des terrains récalcitrants - par-dessus ou pardessous
des ravins, des torrents, des rivières, des routes et des voies ferrées - tout en lui gardant une
pente constante et infime, relève d'une prouesse technique admirable.
Si aujourd'hui on le devine à peine au détour d'un chemin ou au passage d'un ponceau, ce canal
discret, mais cependant long de 57 kilomètres, n'en est pas moins un grand musée à ciel ouvert de
tout ce que la science hydraulique du XIXe siècle compte d'ouvrages d'art.
Dans un état de conservation excellent, il force l'étonnement à plus d'un titre : depuis la haute
exigence des ingénieurs des Ponts et Chaussées qui l'ont conçu comme un «monument» au plein
sens du terme, aux savoir-faire des hommes de toutes professions qui l'ont construit. C'est un fleuron
patrimonial surprenant et mal connu, que nous vous invitons à découvrir au fil de ces pages.