L'imagination allait bon train faute de recul dans l'espace
(on ne voyageait pas beaucoup). Et ceux qui voyageaient,
de retour au pays, au bercail, venaient raconter leurs
histoires extraordinaires qui faisaient très vite le tour du globe,
c'est-à-dire du petit village. Et quand on avait de la chance,
l'histoire se faisait savoir dans tout le département. Les gens étant
relativement pauvres dans l'ensemble, beaucoup de récits sur les
riches et les horizons intouchables de l'opulence circulaient grâce
au téléphone arabe...
...Nos Juifs d'Algérie -j'ai envie de dire nos petits Juifs- ont trouvé
leur place dans ce contexte. Beaucoup de contes sont nés aussi de
l'Histoire, d'événements historiques, d'attaques contre les Juifs ;
parallèlement, d'autres récits sont nés d'une amitié sincère entre Juifs
et Arabes, entre Juifs et Chrétiens. Contrairement à la littérature
universelle, lorsqu'on met des femmes et des héroïnes en jeu, c'est
qu'il y a des lectrices et des auditrices ; chez les Juifs d'Algérie,
quand les femmes paraissaient à l'extérieur, elles n'entraient en
jeu que dans le conte. Par exemple : les hommes allaient au café,
pas les femmes ; les hommes faisaient des parties de cartes, pas les
femmes ; les hommes sortaient ensemble, pas de femmes parmi eux.
Sauf dans les fêtes de famille, où là elles n'étaient pas seulement
présentes, elles menaient la danse, au propre et au figuré...