Après nous avoir fait rêver avec son premier roman, Yasmina, l'auteur place l'action de "La pèlerine de bure" dans la proche campagne d'une ville française, où l'on retrouve les descriptions envoûtantes et somptueuses. Elles s'appliquent ici à des paysages champêtres et citadins, enluminés par les couleurs de la passion ou drapés du voile noir de l'angoisse, les personnages percevant la réalité à travers cette lanterne magique qu'est leur propre état d'âme. Un adolescent malheureux, une jeune fille tourmentée par un secret sulfureux, son grand frère, étrange, inquiétant, une famille de la haute bourgeoisie attachée aux apparences, un majordome conformiste, un brave homme naïf qui se retrouve à la rue, et une adolescente immigrée enfuie de chez elle, vont entremêler progressivement leurs destins au cours d'un suspens qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Mais La pèlerine n'est pas seulement un roman d'action. C'est le roman d'une passion déchirante, c'est le roman d'une époque très dure, où resurgit une misère contemporaine de Zola au milieu de l'indifférence collective. Et C'est aussi l'analyse du drame de l'exclusion, mais de l'exclusion pris dans un sens plus général. Exclusion de la société par excès de pauvreté, exclusion du groupe de ses amis, par l'effet pernicieux d'une tare dissimulée et des rumeurs qui l'accompagnent, exclusion de l'enfance par l'effet d'un secret honteux trop lourd pour une fillette.