A la fin du dîner, Grand-Mère nous dit avec enjouement :
- Je monte me coucher ; n'oubliez pas d'éteindre la petite lampe à franges, vous ne la monterez pas ce soir... je suppose.
Je sors sur le pas de la porte et hume, un long moment, l'effluve du foin coupé avant de m'asseoir sur le banc en bois où Pierre me rejoint et me questionne :
- Où voguent vos pensées ? Cette petite lampe à franges m'intrigue.
Pour la première fois je débite ma tirade la gorge serrée et non en riant comme à l'accoutumée :
- Quand mes parents, mon oncle et ma tante revenaient en jeunes mariés, Grand-Mère immanquablement leur disait : «Bonne nuit, je n'ai pas encore acheté de lampe de chevet ; l'éclairage du plafond est trop violent, prenez donc la petite lampe du salon car elle donne une lumière tamisée, et le grand lit en sera plus accueillant à vos corps encore étonnés.»