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Léon Gozlan (1803-1866). Réfugiés Egyptiens à Marseille

Georges Jessula
  • 08/09/2003
  • Institut méditerranéen mémoire et archive du judaïsme
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Couverture de Léon Gozlan (1803-1866). Réfugiés Egyptiens à Marseille par Georges Jessula

Résumé

"...garçons et filles dotèrent Marseille d'une génération dont les regards éclipsèrent par leur douceur insondable et leur émouvante mélancolie, les regards andaloux, catalans, italiens, et ses propres regards à elle, la ville pourtant aux yeux célèbres..."

Léon Gozlan, extrait des "Réfugiés égyptiens à Marseille"

"... C'est dans l'une des pièces basses, au rez-de-chaussée, que Balzac avait l'habitude de dîner et qu'il nous recevait à sa table...

... Ses lèvres palpitaient, ses yeux s'allumaient de bonheur, ses mains frémissaient de joie à la vue d'une pyramide de poires ou de belles pêches. Il n'en restait pas une pour aller raconter la défaite aux autres. Il dévorait tout. Il était superbe de pantagruélisme végétal, sa cravate ôtée, sa chemise ouverte, son couteau à fruits à la main, riant, buvant, tranchant dans la pulpe d'une poire de doyenneté... Il le lui fallait bien salé ; il ne l'était jamais trop. Alors, sa poitrine s'enflait, ses épaules dansaient sous son menton réjoui. Le franc Tourangeau remontait à la surface. Nous croyions voir Rabelais à la Manse de l'Abbaye de Thélème. Il se fondait de bonheur surtout à l'explosion d'un calembour bien niais, bien stupide, inspiré par ses vins, qui étaient pourtant délicieux. On buvait beaucoup à sa table, souvent beaucoup trop. Sans jeter la bouteille à la tête de personne, je suis forcé de dire que j'ai, plus d'une fois, laissé des présidents de cour royale infiniment au-dessous du niveau de la nappe...

... C'était là sa vie, vie de galérien, atroce, contre nature : efforts meurtriers ! Et pourtant, sans ces efforts, je ne crois pas qu'il soit possible à l'écrivain de creuser un profond sillon aux flancs de cette dure montagne, au pied de laquelle est aussi sa tombe. Personne au monde n'a peut-être vécu autant dans la nuit que Balzac. Ce grand silence de la vie et de la nature lui rendait le calme nécessaire à la création de ses belles oeuvres. Le vaisseau de haut bord veut la grande mer et les profondeurs incommensurables. C'est en allant par les bois solitaires de Ville-d'Avray et ceux de Versailles qu'il pensait, et se recueillait. Souvent, c'est lui-même qui me l'a raconté, il s'était trouvé le matin en robe de chambre et en pantoufles, nu-tête, sur la place de la concorde, après avoir marché toute la nuit à travers bois, plaines, villages, prairies et chemins. Il grimpait alors sur l'impériale des voitures de Versailles et rentrait à Ville-d'Avray, par Sèvres, n'ayant oublié que de payer le conducteur, par la raison fort simple qu'il était sorti des Jardies sans un sou dans sa poche. Le contre-temps n'étonnait personne : tous les conducteurs connaissaient Balzac, et lui, de Balzac, avait, entre autres habitudes originales, celle de n'avoir jamais d'argent sur lui. Il est vrai qu'il ne portait jamais de montre non plus..."

Léon Gozlan, extrait de "Balzac intime. Balzac en pantoufles" (Sources : BNF/Gallica)

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