La société que traverse le jeune Fabien est croquée franchement,
mais avec délice. La province, l'université, et au-delà
bien d'autres milieux qui font le monde déroulent leurs enjeux
et leurs figures remarquables. Croquées les petites vanités
(l'auteur ne s'attaque pas aux grandes par prudence). On y
apprend la désinvolture et on ironise à Paris avec autant de
couleurs et d'esprit. Fabien est sans cupidité, il croit qu'il s'agit
d'acquérir des qualités plutôt que d'en perdre, alors que dans la
vie hélas, c'est en faisant exactement le contraire qu'on en
obtient presque tout.
On pardonnera les portraits croustillants, féroces, balzaciens,
les descriptions si merveilleuses, les aperçus si nouveaux qu'on
croit toucher un instantané de la vie telle que la littérature en
offre peu d'exemples. Le lecteur le moins fait pour se distraire
se distrait. Il y a trop de bon goût dans ce livre pour qu'on
s'arrête à son cynisme. On ne tient pas rigueur à la littérature si
elle sert la vérité.
Utilisant tous les registres de l'esprit, l'auteur est inimitable ; il
en devient ensorcelant.
Assurément, avec ce livre, David Bastide incarne le retour
d'une forme d'esprit qu'on croyait perdue. Un nouveau souffle
littéraire.