Les flocons de neige commencent à tomber sur Moscou le 19
octobre 1812 quand la Grande Armée prend le chemin de la retraite
avec à sa tête son empereur Napoléon. Se heurtant aux forces russes
à Maloiaroslavet, il décide de reprendre la direction de Smolensk.
C'est en traversant cette ville et ses faubourgs dévastés par ses
armées à l'aller, que les Tchernychev, famille russe de confession juive,
décident de fuir la Russie tsariste en se joignant à un petit détachement
de 16 grenadiers français, tous blessés plus ou moins grièvement
à la bataille de la Moscova.
C'est le début d'une grande aventure où l'enfer les accueille. Le
froid, le gel, la faim, la mort qui rôde la nuit, le jour, donnée par le sabre
vengeur d'un partisan fanatique ou celui d'un cosaque sanguinaire.
Pendant de terribles semaines, les actes d'héroisme alternent avec les
atrocités. Seul l'espoir de parvenir sur cette terre française, terre de Liberté
-Fraternité- Egalité tant vantée par ses soldats, les anime, farouchement
déterminés à tout endurer.
L'intérêt est soutenu en permanence. La description des personnages,
du monde dans lequel ils évoluent, est précise, vivante, détaillée. Ils
sont pittoresques, attachants. Deux mondes se superposent : Le sensible
et l'intelligible. «J'ai remplacé le savoir par la foi» De ceux-ci se dégage
une personnalité très affinée, Judith Tchernychev, peu ou prou sympathique
au gré des coups de coeur du lecteur. Elle est l'émanation vivante,
le témoignage permanent de cette pensée d'E. Kant, dans son combat
où s'affrontent fragilité et efficacité, doutes et obstinations.
L'action scrupuleusement campée dans un cadre authentique, en
respecte les sujets, les coutumes, les mentalités. Le détail humain, la technologie,
la chronologique, sont empreints d'une grande rigueur historique.
Pour son premier essai dans ce style d'écriture, René de Ubeda
signe-là un ouvrage d'une grande richesse psychologique.