Habiter là est le premier livre de photographies de Benjamin Serero, tout juste trente ans, venu du cinéma. Un court récit d Olivier Adam, brillant auteur de Falaises, pose en fin de recueil un regard croisé sur la banlieue explorée par le photographe en une trentaine d images couleurs. Mais on est loin ici d une banlieue de reportage et de faits-divers. Le voyage est décalé, et on ne verra ni cours de cités, ni pitt-bulls. C est une banlieue (en réalité plusieurs villes du sud de la banlieue parisienne) jamais vue : Benjamin Serero parvient à nous donner la clé de ces arrières de ville, de ces paysages urbains envahis de mauvaises herbes. Là où nous ne voyons qu un enchevêtrement de constructions sans logique et sans âme, lui nous montre des signes, des indices qui l attachent à ces lieux, et son regard s arrête là où le nôtre ne se poserait pas : les racines d un arbre qui défoncent le bitume, un dessin à la craie rouge sur le sol, dans la lumière du soir un homme immobile regarde les voitures défiler sur l autoroute. Beaucoup de rencontres dans le livre : des portraits singuliers d hommes et de femmes qui vivent là. Des silhouettes à des carrefours de rues, des visages secrets, une femme qui tend la main vers un enfant invisible. Tous les personnages du livre semblent arrêtés dans un espace et un temps que nous n avons jamais vraiment vus. Y a-t-il quelque chose du cinéma dans le livre Habiter là ? Très certainement. Cadres et lumières, contrastées, allant vers la nuit, nous rappellent des images de films. Et les portraits sont remarquables en ce qu ils contiennent une part de fiction inattendue : chaque homme ou femme du livre, statiques dans la ville, regardent toujours vers un hors-champ qui nous échappe et contient un mystère irrévélé. Est-ce qu « habiter là » veut dire se raconter à soi-même des histoires dans ces lieux-là ? Celui qui vit la banlieue inscrirait-il sur les murs sa part de fiction ? A lire le text