Difficile de définir ce texte qui se refuse à toute catégorie. Ce ne sont pas des poèmes, bien que la poésie soit omniprésente. Ce n'est pas non plus un roman tel qu'on en a l'habitude. Une histoire se dessine, jamais tout à fait la même selon le lecteur, auquel toute liberté est laissée, et c'est peut-être ce qui déroute au premier abord. A une époque où l'image est toute puissante, la prose d'Alex Nicolas renverse les codes et les techniques du cinéma pour les reprendre en quête du propre de l'écriture. Les images ne sont pas abolies mais sont les mots eux-mêmes, sans équivalent purement visuel, c'est pourquoi chacun peut les reconnaître : ceux qui pensent les avoir déjà vues comme ceux qui les découvrent pour la première fois. Si, comme il l'avoue lui même, Alex Nicolas est au prise avec l'espace dans son écriture, il parvient à travers elle à supprimer toute distance, tout écran entre lui et la vie. Ainsi n'y en a-t-il plus entre elle et nous lorsque nous le lisons. Les mots sont crus, choisis ; l'écriture à vif, et néanmoins maitrisée, résolument neuve. Alex Nicolas nous livre avec ce premier texte un portrait sensible et délicat, parfois déchirant, du temps qui passe. Au fil de souvenirs, de gestes et de parfums, il nous rappelle que la grâce est dans les détails -- l'émerveillement au détour des pages.