Du nord absent à son omniprésence
Curieuse relation que celle du Québec (et plus généralement du Canada-français) avec son nord : relation très spéciale qui tient à la fois, à la géographie et à l'histoire.
D'abord passager clandestin, connu, mais volontairement ignoré, voire nié par toutes sortes de subterfuges ; puis hôte inquiétant, que l'on a parfois du mal à maîtriser, il deviendra, l'histoire aidant, un complice - qui empêchera, en particulier, des contacts trop étroits et assimilateurs avec le conquérant - ; un allié, dans l'affirmation individuelle et collective ; un instrument fondamental de dynamique territoriale et de développement économique : pour finir par faire corps avec l'âme même du Canada-français.
Branche de la nation française, cette « France nouvelle d'outre océan » (Lescarbot), que ses racines aux riantes vallées de la Seine et de la Loire semblaient vouer à un autre destin, fut brutalement confrontée à un climat rigoureux. C'est l'odyssée de tout un peuple que nous font revivre les documents recueillis et commentés par l'équipe de Bernard Emont, une odyssée qui le voit peu à peu se transformer et s'enrichir de qualités nordiques : tant sur le plan de l'action, que sur ceux de la psychologie, de la morale, voire de la religion. Ceci, sans renier tout à fait ses origines latines, mais en se souvenant que, comme le dit si bien Yves Beauchemin, à l'instar de Gilles Vigneault - avec un étonnement qui ne va pas sans fierté ni affection -, « Le Québec est petit cousin du pôle Nord »