Depuis quelques dizaines d'années, pour expliquer notre univers, physiciens et cosmologistes sont amenés à forger, en toute bonne foi et en toute quiétude, un nouvel et effrayant système du monde. Ils nous proposent un multivers c'est à dire une multitude d'univers qui, parce qu'il est infini, éternel, et totipotent (dans ses versions les plus avancées, par exemple celle dite du « paysage cosmique »), équivaut largement au Dieu des religions, en parfaitement réel cette fois. Mais c'est un Dieu qui n'a, pour nous humains, aucune considération, ni amour, ni pitié , qui est sourd et aveugle à notre existence. S'il est un monstre qui soit le plus froid des monstres froids, le voilà. Ceci n'est pas une fantaisie de savant, c'est tout proche d'être un fait scientifique requis par les observations astronomiques et les lois de la physique fondamentale. Paradoxalement, et sans jamais céder aux sirènes du spiritualisme, l'humain, cet existant maximal, découvre qu il y possède toute sa place, et pas n'importe laquelle, grâce à un spectaculaire et inattendu achèvement de la révolution copernicienne. Se retournant, il défie le monstre, et lui clame : « ceci est mon univers ; sans moi tu n'es rien ». Dans cette crânerie, l'humain prend à témoin ce fait extraordinaire, cette merveille des merveilles « qu'il existe quelque chose plutôt rien » et qui obtient par là-même son explication rationnelle. Ecce homo ! Chemin faisant, les fameuses trois grandes interrogations kantiennes reçoivent une réponse, et l'être humain s'en trouve définitivement réconforté dans sa destinée personnelle, même et surtout à son dernier instant.