Poëme avec un tréma, roman en hexasyllabes, épopée à la première personne, tragédie œdipienne sans ponctuation, NGO LE CHIEN raconte l’histoire d’un homme qui part à Saïgon rechercher sa mère biologique. Après un prologue d'une extrême violence, ça court, ça claque comme une sorte de rap incantatoire, l'écriture est tendue, nerveuse, on se laisse entraîner dans une intrigue avec des péripéties aussi nombreuses qu'inattendues. On a par moments les ingrédients d'un polar avec une enquête, un narrateur aux prises avec son histoire, l'histoire d'une communauté en exil, l'Histoire et la noirceur de l'humanité. Dans ce récit, rien n'est jamais sûr : le lecteur repère des rêves, des visions, des hallucinations ou des délires éthyliques mais "la réalité" elle-même n'est jamais certaine, ce que l'on croyait établi se dérobe toujours. On se demande parfois si le récit tout entier n'est pas le monologue d'un fou qui ne sait ni qui il est, ni ce qu'il cherche, ni où il se trouve. Ce grand trouble brouille les certitudes géographiques et temporelles. L'ordre chronologique n'étant pas respecté, le lecteur se promène dans le temps du héros et cela augmente l'impression d'incertitude, d’autant plus que le choix de ne rien expliquer est tenu jusqu'à la fin.Un texte qui intrigue, émeut, secoue. C'est fort.