Jean Ybarnegaray ne peut laisser indifférent. Aujourd'hui, plus de cinquante ans après sa mort,
si aucune plaque ni aucune rue ne porte son nom au Pays Basque, le personnage suscite encore
une vive émotion particulièrement dans son fief de Saint-Jean-Pied-de-Port.
Toute sa vie a été marquée par l'ambivalence. Fier de son identité basque, mais Français avant
tout, il s'illustre au combat durant la première guerre mondiale. Parlant l'euskara, il est un grand
orateur à l'Assemblée nationale, salué autant par ses partisans que par ses adversaires. Ses
prises de parole sont largement relayées dans la presse, participant ainsi à fonder sa réputation
chez les Basques.
Son règne aura duré 26 ans. Surnommé le «Lion d'Uhart-Cize», il préfère son diminutif
d'«Ybar» qu'utilisent ses administrés. Véritable seigneur sur ses terres du Pays Basque
intérieur, il est craint autant que respecté. Tout concurrent politique est rapidement éliminé.
Pourtant, les services qu'il rend à «ses Basques» lui font bénéficier de la bienveillance de la
population envers son grand notable. Ses parties de pelote, ses visites au marché de Saint-Jean-Pied-Port,
la chasse, montrent sa proximité avec la population locale. Pourtant, son train
de vie au château d'Argava, les domestiques, la nurse anglaise, la voiture, les cadeaux offerts à
Noël aux petits enfants, dénotent dans le petit village d'Uhart-Cize. Il partage ainsi sa vie entre
le Pays Basque et Paris.
Sa ligne politique est également marquée par ses ambigüités. Fervent défenseur de la famille, sa
vie privée est agitée. Homme d'extrême-droite, il se bat pour le relèvement de la France, dénonçant
les scandales politiques et financiers, lui-même impliqué dans certains d'entre eux. Membre
des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque, il ne bascule toutefois pas dans les groupuscules et
autres franges ligueuses qui utilisent la violence pour mettre fin à la Troisième République. Sa
verve n'a pas de limite pour critiquer le pouvoir en place, mais il obéit à la discipline et défend la
hiérarchie, bases de son autorité dans sa petite patrie du Pays Basque.
Appelé au gouvernement Pétain en juin 1940, Jean Ybarnegaray est renvoyé dès septembre
1940. Rentré à Uhart-Cize, il participe à de petits actes tels que l'aide au passage de la frontière
espagnole, alimentant une position toujours ambivalente qui ne lui évitera pas d'être jugé à la
Libération.
Ce livre permet de mieux connaître le parcours de Jean Ybarnegaray, un parcours sinueux, avec
ses zones d'ombres mais aussi ses contradictions et paradoxes.