La Grande Guerre frappa toute une génération d'artistes. Nombre d'entre eux furent
fauchés en pleine gloire, en pleine jeunesse, ou marqués à jamais pour certains dans
leur chair. Pour ceux qui survécurent à l'enfer des tranchées, cette expérience
bouleversante les influença durablement et parfois transforma radicalement leur
pensée et leur art. Face au développement de la photographie et du cinéma
d'actualité, au vérisme des récits littéraires et des chroniques, comment
représenter l'horreur de la réalité de la guerre moderne devant laquelle, selon Félix
Vallotton, «la peinture n'existe plus» ? Hantés par la déshumanisation cataclysmique
de ce conflit des temps nouveaux, les artistes étaient pourtant convaincus de
l'impérieuse nécessité de témoigner dés le début de la guerre.
Selon leur personnalité et leur sensibilité qui les désignent comme des témoins de
premier plan, ils ont traduit, transposé ou transcendé leurs souvenirs, fixés au
préalable sur le vif, dans des croquis, des pochades à l'huile, en créant des oeuvres
d'art à part entière, au fort pouvoir émotionnel.
Cet ouvrage collectif doté d'une abondante iconographie issue de la collection du
Musée départemental de l'Oise, enrichie d'oeuvres emblématiques, le plus souvent
inédites, provenant de collections publiques et privées, aborde la question de la
pertinence de la représentation picturale face à la tragédie de la Grande Guerre. Il
évoque les différents rôles assumés par les artistes, des peintres officiels aux
peintres combattants dans les tranchées ou attachés au camouflage, la
représentation des combats, la souffrance, les destructions, le deuil et aussi la
dénonciation ou l'apologie du conflit. Enfin, est posée la question de la place de ces
oeuvres dans le devoir de mémoire devenu un devoir de deuil et un devoir de paix.