La vie de Rodica, quatorze ans, s'est arrêtée dans la nuit du 20 au 21 décembre 1989. ce jour-là, elle a tout perdu : ses parents, sa maison, ses rêves.
Un cri va cependant lui redonner l'espoir quelques jours plus tard : Libertate ! La révolution roumaine est en marche.
Je descends quelques marches de pierre et je me retrouve dans la cour intérieure. Personne ne prête attention à moi. Même le gardien a déserté son poste pour se joindre à ses collègues. Sans trop savoir ce que je fais, comme poussée par une force supérieure à ma volonté, je me dirige vers la sortie. A l'extérieur, le brouhaha enfle, mais les mitraillettes semblent s'être définitivement tues. Comme attirée par un aimant, ma main se pose sur le gros verrou métallique et le tire. Une seconde plus tard, j'ouvre la porte sur les rues de Bucarest. Cette fois, porté par le vent du nord qui me fouette le visage, le mot crié par des milliers de bouches m'explosent à la figure : "LIBERTATE, LIBERTATE".