Nouvelle poétique comparatiste, n° 10 Dans le roman moderne,
la musique n'est pas seulement un objet de description ; elle
constitue un modèle formel, un noeud symbolique et une limite
vers laquelle tend le langage. La musique sert de pré-texte ; un
récit s'élabore par-dessus elle, lui impose une grille de langage,
mais en retour s'expose au risque d'un débordement de sens.
Parmi les romans à vocation musicale, les oeuvres de Thomas Mann,
Proust et Joyce figurent autant de passages exemplaires. Dans Le
Docteur Faustus, l'écriture de la musique renvoie à un Savoir
dominant ; Ulysse installe un nouveau dispositif sonore qui croise
les motifs verbaux et les fait passer à un état de frénésie inouï ;
tandis que la Recherche présente peut-être le cas le plus abouti
d'une musique verbale pleinement consciente de ses moyens, qui
noue la notion d'impression à celle d'accent expressif.
Des textes de Woolf, Schnitzler, Sartre, Céline, Carpentier sont
également évoqués dans l'ouvrage. Cette étude littéraire touche
nécessairement aux domaines de la musicologie, de la linguistique,
de la sémiotique et de la philosophie. La musique est devenue l'une
des hantises singulières du roman ; cet essai enquête sur pareille
fascination.