Il voulait être sculpteur ; il s'est fait photographe - sur le conseil de Picasso
dont il était l'ami. Pendant dix ans, il a été son portraitiste et celui des artistes
de l'École de Paris, réalisant toute une série de vues d'atelier sensibles,
intimes, profondément personnelles. Le talent qui s'exprime à travers ces
clichés fait de ce créateur, aujourd'hui quasi oublié, un témoin privilégié
de ce moment de bonheur dans la vie artistique parisienne.
Michel Sima arrive à Paris en 1929, pour étudier la sculpture dans la capitale
mondiale des arts. Il fréquente l'«Académie de la Grande Chaumière»
et travaille dans l'atelier de différents sculpteurs, y compris Brancusi.
Il rencontre Picabia, Max Ernst, Eluard et Cocteau. Lors d'un séjour avec
des amis communs sur la côte d'Azur, il sympathise avec Picasso.
La guerre et l'Occupation mettent fin à ce classique parcours d'artiste :
Sima est arrêté et déporté à Auschwitz.
Après la guerre, il regagne la Côte d'Azur et partage un moment la vie
de Picasso et de sa compagne du moment, Françoise Gilot, au château
Grimaldi à Antibes. C'est là que Sima prend ses premières photos d'atelier.
Cette expérience aux côtés du grand peintre l'incite à photographier les
autres artistes de son cercle d'amis : Miró, Léger, Duchamp, Magnelli,
Chagall, Calder - de tous ceux qui incarnent aujourd'hui l'art moderne,
presque aucun n'est absent de ce recueil.