La mise en scène cinématographique de la Shoah et des crimes contre
l'humanité en général pose aux réalisateurs une question clé, celle du réalisme
de la représentation, question à la fois éthique et esthétique. Entre les documentaires
et les fictions, entre les reconstitutions historiques, comme La Liste
de Schindler de Steven Spielberg, qui s'attachent à mettre en scène la réalité
dans tous ses détails, et les films plus symboliques comme celui de Roberto
Benigni, La Vie est belle, tous les degrés sont représentés. Certains films donnent
lieu à des polémiques, dont il s'agit de comprendre les enjeux. Le cinéma est-il le
meilleur moyen d'informer les jeunes générations de ce qui s'est passé ? N'est-ce
pas plutôt le rôle d'autres documents - CD-Rom, vidéo, archives ? Quelle différence
y a-t-il entre ces supports et le cinéma en tant qu'art ? Est-il possible
d'instruire et d'émouvoir sans rien montrer ? L'émotion elle-même, souvent
très vive, n'est-elle pas ambivalente ? Telles sont les questions posées par ce
livre, pour montrer que le cinéma, art majeur de notre époque, ne peut se
contenter de mettre en scène l'horreur concentrationnaire, mais doit éduquer,
chez un public de plus en plus jeune, une sensibilité émoussée par l'abus que
font les médias des images de la violence.