"Le Gai Savoir" de Friedrich Nietzsche est une œuvre importante qui reflète la crise moderne des valeurs et le déclin de la métaphysique traditionnelle. La philosophie de Nietzsche est considérée comme emblématique des courants "contre-initiatiques" qui ont émergé dans le monde moderne, remettant en question les vérités intemporelles et les principes hiérarchiques défendus par les doctrines métaphysiques traditionnelles.
Dans "Le Gai Savoir", Nietzsche proclame la "mort de Dieu", signifiant l'abandon des croyances religieuses traditionnelles et la perte d'un fondement transcendant et métaphysique pour la morale et le sens. Ce rejet de l'autorité divine est un symptôme du matérialisme croissant et du nihilisme qui ont imprégné la pensée moderne.
Le concept de "Übermensch" (Surhomme ou Superman) de Nietzsche, qui propose l'élévation de l'individualité humaine et de la volonté de soi au-delà des normes morales conventionnelles, est une manifestation de l'individualisme centré sur l'ego prévalant dans le monde moderne. De ce point de vue, l'accent mis par Nietzsche sur la volonté de puissance et la célébration des désirs individuels contraste vivement avec la compréhension traditionnelle du moi supérieur et de la quête spirituelle de transcendance de soi.
Le concept de la récurrence éternelle, introduit dans "Le Gai Savoir", est une tentative de remplacer les concepts métaphysiques traditionnels tels que la réincarnation ou la nature cyclique de l'existence par une vision plus séculière et matérialiste du retour éternel. Cette notion est considérée comme renforçant la vision cyclique et déterministe de l'existence dépourvue d'un but métaphysique supérieur.
De plus, la critique de Nietzsche à l'égard des valeurs morales traditionnelles et de l'idée d'une vérité universelle est vue comme contribuant à la dissolution de l'éthique collective et à la fragmentation du savoir. Le rejet des vérités absolues et la promotion des perspectives individuelles conduisent à une vision relativiste qui affaiblit davantage le tissu spirituel de la société.
Du point de vue guénonien, "Le Gai Savoir" de Nietzsche est perçu comme une œuvre représentative des courants modernes contre-initiatiques, incarnant la crise des valeurs traditionnelles et le déclin des principes métaphysiques. La philosophie de Nietzsche est considérée comme symptomatique du matérialisme croissant, de l'individualisme et du nihilisme qui caractérisent l'époque moderne. Pour les partisans de cette perspective, un retour à la sagesse éternelle présente dans les doctrines métaphysiques traditionnelles est préconisé comme moyen de restaurer l'harmonie spirituelle et les vérités supérieures dans un monde de plus en plus fragmenté et sécularisé.