Je rentre dans la maison. Je monte au premier, la chambre, le tiroir, l'arme. Je ne l'ai pas vérifiée, je ne l'ai pas chargée. Je prends l'arme, c'est tout. Je redescends. Comme l'a dit le président du tribunal cela ne m'a pas pris plus de dix secondes. Dans le jardin, Alice essaye de convaincre l'Autre de partir. J'arrive en courant. Je vise. L'Autre dit quelque chose que je ne veux pas entendre. Alice s'interpose et ses yeux disent la vérité, mais c'est trop tard. Le coup est parti. Après Violon seul (Éditions Bénévent - 2008) et Coups de foudre (Éditions Baudelaire 2010), Mara Serrano poursuit avec La petite robe bleue l'exploration du sentiment amoureux qui, entre confusion, ambiguïté et méprise, emporte ses personnages dans une spirale infernale et tragique dont ils ne peuvent sortir indemnes. Quatre murs. De solides barreaux. Une cellule, une grande - un privilège. Luc Rivière est enfermé. À quelques semaines de sa libération conditionnelle, il nous raconte. Sa voix s'éléve, déroulant le fil qui, de son enfance à son procès pour meurtre, a tricoté sa vie. Mailles à l'endroit, mailles à l'envers. Assailli par de longs flashbacks, qui s'insèrent dans son quotidien de détenu modèle, Luc Rivière - metteur en scène aux multiples récompenses - dévoile une personnalité complexe. Du fond de sa cellule, il se livre, s'adressant directement à nous. Il nous ouvre son âme. Mara Serrano cherche à comprendre d'où vient la véritable liberté. Du fond des ténèbres jaillit cette implacable vérité, la réalisation que nous portons tous un costume dont la coupe, inadaptée, entrave nos mouvements. Car la vraie prison de Luc Rivière n'est pas dans ces quatre murs qui le retiennent, elle vient de son esprit...