L'aigle noir des Dacotahs
Gustave Aimard (1883)
Gustave Aimard s’éteint à soixante-quatre ans, le 20 juin 1883, et laisse derrière lui plus de vingt-cinq ans d’une vie d’écriture durant laquelle il livra plus de soixante-dix titres. Une œuvre sans commune mesure qui pourtant ne lui assurera la postérité que durant cinquante années à peine. Avant que Jules Verne ne devienne définitivement l’ambassadeur du roman d’aventures, la prose simple d’Aimard avait déjà réveillé l’imaginaire d’une jeunesse qui découvrait avec lui les grands espaces de l’Ouest américain et le monde de la flibuste. Ce succès se poursuivra jusqu’au milieu du XXe siècle, avant qu’Aimard ne soit relégué et oublié, victime de l’abandon d’un genre qui ne devait son succès qu’au contexte des feuilletons populaires du XIXe siècle.
Extrait de la préface
«Ah! On me force à reprendre la mer! Je n’y tiens pas outre mesure. Mais puisque cela fait plaisir à beaucoup de gens…»
Le ton est calme, et pourtant empreint de la détermination qui a toujours animé la force de la nature qu’est Gustave Aimard. Lancée ainsi à la face du monde, sa résolution tient davantage de la prise à témoin de son auditoire, lui assénant par avance l’assurance du succès de son entreprise, que du fatalisme résigné dont il semble le reflet. Assuré de son fait, auréolé d’un passé à lui seul garant de la réussite de ce nouveau défi consenti à regret pour faire taire les médisants, l’homme espère déjà con-vaincre par la hardiesse de sa décision.
Pourtant ses vertes années sont déjà derrière lui. Gustave Aimard a soixante ans lorsqu’en 1778 il se voit contraint de plier devant la virulence des critiques formulées à son encontre. Courir le monde, se «promener dans les déserts, le rifle d’une main et la machète de l’autre », c’était sa vie d’avant. Une vie démarrée plus tôt qu’il aurait voulu, lorsqu’à neuf ans il s’enfuit du domicile de sa famille adoptive pour s’engager comme mousse sur un navire en partance pour l’Amérique. Mais une vie qu’il a menée, pendant plus de vingt ans, avec la volonté acharnée qui le caractérise : celle d’un homme mordu par l’ambition et pourtant si mal récompensé de ses efforts . Mais qu’importe, puisqu’à son retour définitif en France, en 1854, il a tout le crédit et l’expérience pour écrire les romans qui font son succès.
Extraits
Tout à coup éclata comme un coup de foudre un fracas immense, les collines tremblèrent! un roc énorme, se détachant de la plus haute cime, roulait sur les pentes abruptes, entraînant avec lui un déluge de cailloux broyés, qui bondissaient en tout sens comme une formidable poussière.
La petite troupe s’arrêta, effrayée; les pierres sifflantes et fumantes passèrent à quelque distance, écrasant tout sur leur route; puis l’avalanche se calma peu à peu, adoucissant son tonnerre jusqu’aux faibles murmures de quelques grains de sable ébranlés; et tout se tut dans le désert.
Thomas et ses hommes, la première émotion calmée, dirigèrent vers les hauteurs des regards inquiets, convaincus que cette artillerie de rochers devait avoir été dirigée par une main humaine.