Le docteur de Lylle va mourir. Sa fille lui rend visite. Elle est adulte, mais elle a des comptes à régler. Des questions simples à poser : pourquoi ce père véritable tyran domestique? Pourquoi cette mère soumise et malheureuse? Pourquoi cette éducation sans joie, avec massacre rituel d'animaux pendant les chasses du dimanche? Pourquoi cette adoration rigide du statut de nobliau de province? Pourquoi cette soumission ridicule à la particule du nom de famille? Pourquoi ce prénom de guillotinée, pour elle, Marie-Antoinette de Lylle?
Le récit intercale les demandes vaines au père agonisant, et les souvenirs de l'émancipation d'une fillette dans cette province du Nord de la France, proche de la frontière belge, héritière de guerres brutales, d'entrepreneurs paternalistes, de pensionnats pour jeunes filles et de catholicisme ostentatoire. C'est toute une époque qui revit, par petites touches d'une authenticité sans fard ni mensonge : le père revenu de la guerre gaullienne et victorieuse, la mère empêchée de toute autonomie, les enfants dressés comme des animaux de cirque, le confessionnal à 8 ans, la révolution de mai 68, le désir d'un vrai jeans, les bières et les cigarettes derrière la frontière belge, l'obtention du permis de conduire, la fugue ratée dans un festival de rock, l'amant communiste, celui vendeur de 45 tours et le flore power : l'émancipation d'une jeunesse écrasée par les certitudes indiscutables de la génération précédente. La naissance d'un corps et d'une âme de femme libre.
Un dernier rendez-vous mené sans haine et sans rancune, mais avec une lucidité souvent drôle.