Darwin a montré qu’Homo sapiens n’était qu’une espèce animale qui s’inscrivait dans la longue histoire de l’évolution du vivant. Que cette espèce se soit organisée en sociétés complexes, qu’elle soit devenue invasive, n’y changent rien.
Le paradigme darwinien comporte trois moments : les formes vivantes se multiplient en se répliquant, mutent de façon aléatoire, celles qui sont le mieux adaptées à leur environnement l’emportent. Ce schéma se transpose au monde social : c'est ce que nous appelons “l’hypothèse DARWIN”. Aux gènes, il faut substituer les programmes socioculturels qui se transmettent par imitation et se modifient du fait des innovations techniques et sociétales. Aux espèces animales correspondent les groupes humains liés par une identité culturelle commune qui tisse entre eux des liens de solidarité. Le processus de sélection hiérarchise les individus et les groupes, et la course à la suprématie prend souvent des formes violentes.
De là découlent trois conséquences déplaisantes : (i) il est vain de porter des jugements moraux sur les actions des hommes. Elles dépendent d’une dynamique impersonnelle qui les dépasse. (ii) Le retour de la violence dans les sociétés contemporaines ne fait que refermer une parenthèse qui aura duré quelques décennies. (iii) Il est tout aussi illusoire de chercher un sens au cours de l’Histoire, tant les processus évolutionnaires comportent d’aléas et de bifurcations imprévisibles. Et ce qui ajoute à la complexité, les individus et les groupes se rencontrent sur des “champs” socioculturels relativement autonomes où ils confrontent leurs solutions : celui de l'économie, celui des idéologies ou celui de la politique.
Cette grille d’analyse a vocation à s’appliquer à de multiples situations. Ce que nous avons commencé à faire dans cet ouvrage.