Pigalle, printemps 1968. "J’ai dix ans. Mes camarades vont à l’école. Moi… je vais aux putes. La rue est mon refuge. Venus de Yougoslavie, ma mère et moi avons rejoint mon père à Paris. J’habite entre Montmartre et Pigalle. Dans le quartier des Abbesses. C’est vivant, animé. Au coin de la rue un accordéoniste joue « Riquita jolie fleur de Java » et d’autres airs de bal connus. Ses notes se mêlent aux cris des maraîchers, et à ceux qui s’échappent des castagnes à la sortie des cafés. Ici se côtoient touristes, pickpockets, badauds, commerçants, camelots… Et le milieu parisien avec ses proxénètes et ses prostituées. J’ai fait la connaissance des filles du boulevard de Clichy. J’achète leurs cigarettes, effectue quelques emplettes. Elles m’offrent de généreux pourboires. Pour quelques pièces, j’aide également le primeur à monter son étal. Personne ne se demande ce que je fais là, pourquoi je ne vais pas l’école. Moi je suis heureux. Je suis mon maître. " Aujourd’hui, cet ex-poulbot qui, à dix ans ne parlait pas un mot de français, discourt régulièrement devant diverses assemblées, dont celle des sénateurs. Pourtant, rien ne prédisposait Dejan Terglav, fils d’une femme de ménage et d’un père ouvrier, à occuper de hautes fonctions au sein d’un syndicat. Rien, si ce n’est une capacité d’adaptation, une grande curiosité, et une volonté décomplexée de s’affranchir d’un déterminisme social pour fabriquer son propre destin. Des rues de Pigalle aux ors de la république, Dejan Terglav, adepte du parler-vrai, raconte au fil des pages son enfance, sa jeunesse, ses errances dans les milieux artistiques, ses amours complexes, et sa découverte inattendue du syndicalisme. Un parcours insolite émaillé de séquences cocasses, parfois burlesques, et en tout point romanesque.