La voie taoiste, par Matgioi
Les détenteurs de la Tradition Primordiale
Les religions actuelles des peuples jaunes se composent d’une foule d’éléments divers. Il n’y faut voir qu’un fatras populaire, issu de trois foyers générateurs : la religion primitive, le taoïsme, le confucianisme. Ces trois influences, amalgamées plus ou moins heureusement à travers les siècles, constituent la religion traditionnelle de l’empire : à ces trois influences correspondent trois liturgies, qui forment l’ensemble des cérémonies officielles et populaires. Les voyageurs, les missionnaires, tous les étrangers aux races jaunes, qui ont jugé le statut traditionnel chinois sur cet extérieur, ont pris l’apparence pour la réalité ; eussent-ils d’ailleurs, ce dont ils n’avaient ni le temps ni le goût, essayé de pénétrer plus avant, qu’ils eussent été arrêtés par les détenteurs de la Tradition Primordiale, qui n’est pas vulgarisée parmi le peuple chinois, et que l’on cache a fortiori aux lointains barbares. Le Yiking de Fohi et de Wenwang
L'orgueil individuel est la chose qui est, dans toute la race jaune, la plus inconnue, et paraît, aux yeux des Jaunes qui le constatent chez d'autres races, la plus incompréhensible. Le respect des Ancêtres morts à qui l'on se rattache, la solidarité avec les vivants, qui sont tous des parcelles d'un même grand être social, éloignent le Chinois de toute recherche de particularisation. Ainsi le veut l'enseignement traditionnel, auquel nul esprit n'échappe, et dont chacun porte l'empreinte, d'autant plus forte et plus accusée, qu'il a travaillé davantage, et que l'étude de l'héritage intellectuel ancestral l'a fait plus savant. L'orgueil collectif de la race est une fierté louable, mais l'orgueil particulier de l'individu est une ridicule et répréhensible vanité. Cette tournure d'esprit, obligatoire comme un rite à tel point qu'un penchant contraire paraîtrait criminel et sacrilège, fait que tous les systèmes philosophiques, de quelque plan de la philosophie générale qu'il puisse être question, sont issus du premier système philosophique qui fut exprimé, c'est-à-dire du Yiking de Fohi et de Wenwang... Note à propos de l'auteur Matgioi (1861-1939)
Georges-Albert Puyou de Pouvourville occupa des fonctions militaires et administratives en Chine. Ses séjours prolongés au Tonkin lui permettent de pénétrer l'esprit chinois. Il rencontre alors un maître taoïste qui le prépare à recevoir l'initiation dans une société secrète chinoise. Une fois initié, Albert de Pouvourville prend le nom de Matgioi, « œil du jour ». Matgioi revient ensuite en Occident et entreprend de diffuser l'enseignement du taoïsme, à l'encontre des orientalistes. Il expose ainsi, notamment dans la Voie métaphysique, les doctrines taoïstes, au point de vue principiel comme dans leurs applications diverses. Matgioi est également connu pour avoir initié le métaphysicien René Guénon au taoisme.