Quand débute la controverse, chacun est persuadé d’avoir la vérité de son côté. Au fur et à mesure que le débat se poursuit, chacune des deux parties en vient à douter de sa propre thèse. Ce n’est qu’à la fin que la vérité est tranchée ou confirmée. La dialectique n’a donc pas à se préoccuper de la vérité, de même que le maître d’escrime se moque bien de savoir qui a raison quand le différend tourne au duel : il ne reste plus que l’estoc et la parade. Et c’est bien ainsi que l’on peut voir la dialectique : comme l’art de l’escrime intellectuel. Et c’est en la considérant ainsi que l’on peut en faire une discipline à part entière. En effet, qui s’en tient à la vérité objective en est réduit à la simple logique. Et si l’on cherche à établir des propositions fausses, c’est de la simple sophistique. Dans les deux cas, il faut que le vrai et le faux nous soient connus à l’avance mais c’est rarement le cas. La véritable dialectique est donc comme suit : l’art de l’escrime intellectuel dans le but d’avoir raison dans une controverse. Bien que le nom d’"éristique" serait correct pour cette discipline, le terme de "dialectique éristique" l’est encore plus… Un classique de la philosophie dans une nouvelle traduction.