"Mon corps me pique, mon corps me brûle, mon corps se déchire sous mes doigts impuissants. Je remonte mes jambes contre ma poitrine, je les enferme entre mes bras et je serre, je serre, je serre comme une forcenée. Eperdue, je tente de rassembler ce corps qui m’échappe. Mes ongles entrent dans ma peau. La douleur me contient un peu, indiquant dans un jaillissement un point de limite entre ma chair et l’air. J’ai peur de me dissoudre. Non, non, je n’ai pas peur. Je suis terrifiée. Je pleure. Mes sanglots s’arrachent du plus profond de moi ; ils sont de rage et d’effroi mêlés. Je m’étouffe dans mes larmes, je ne parviens plus à respirer. Des voix me parviennent, à le fois lointaines et trop réelles. Elles sont des coups de couteau, des morsures dans la porosité de ma chair. « Qu’est-ce qui se passe ? Réponds-moi, parle-moi ». Je me bouche les oreilles, me griffe le visage, m’agrippe à ma peau. L’insupportable m’annihile. Je me frappe du poing l’avant-bras ou la cuisse, fort, en rythme. J’ai la conscience aigüe que ce geste répétitif maintient l’unité attaquée de mon corps. Si je m’arrête, je meurs. Si quelqu’un m’arrête, je le frappe. Instinct de survie."