Le 27 septembre 2021, par une belle soirée d’automne, Élisabeth Quin invite Amandine Gay sur le plateau de 28 minutes. Je ne savais pas encore que, quelques mois plus tard, j’allais prendre la plume pour écrire Les Chemins de l’adoption internationale. C’était le début de ma rencontre avec l'autrice d’Une Poupée en chocolat. Pendant des semaines son livre ne m’a pas quittée. Je l’ai lu. Relu. Je l’ai travaillé. J’ai écouté et réécouté toutes les présentations qu’elle en a faites dans les médias. C’est alors qu'une Réponse à Amandine Gay s’est imposée à moi.
Mon livre se veut tout à la fois un essai et un témoignage sur l’adoption internationale. Une Poupée en chocolat m’a d’abord apporté la confirmation d’expériences vécues par nos deux filles, nées en Inde, adoptées en 1996 et en 2000. Il m’a laissé entrevoir de nouvelles analyses et le potentiel qu’offre à l’adoption internationale la prise de parole des personnes adoptées. Cependant il m’a laissé un goût amer parce qu’il dresse les communautés humaines les unes contre les autres : les femmes contre les hommes, les Noirs contre les Blancs, et les LGBTQ+ contre les cisgenres. Amandine Gay, jeune femme d’origine marocco-guadeloupéenne a été adoptée par une famille blanche en 1986. Elle a terminé ses études universitaires en Amérique du Nord et a fait siens les combats de l’intersectionnalité. Elle y invite ses sœurs de couleur, tout comme elle adoptées par des parents blancs, à se reconnaitre dans les différentes identités victimaires dont elle dresse la liste.
Réfléchissant sur l’histoire coloniale de la France, et nourrie des thèses de Cynthia Fleury qui met en garde contre les dangers du ressentiment, j’ai voulu dénoncer le piège que représente toute assignation à une identité victimaire, plus particulièrement celle de personnes de couleur adoptées par des parents blancs. Il ne s’agit bien évidemment pas, de nier la tragédie de l’Histoire que représentent les traites négrières auxquelles la France a participé, ni les discriminations dont certaines communautés souffrent encore dans la France d’aujourd’hui. Ni de ne pas reconnaître que le parcours de certaines personnes adoptées est un chemin douloureux, en partie à cause de la méconnaissance des enjeux de l’adoption internationale.
L’objectif est d’abord de dénoncer une relecture de l’Histoire sujette à caution, au regard des travaux de la recherche historique. Il est aussi, à l’école de Jean Birnbaum, d’oser avoir Le Courage de la nuance. Il est enfin et surtout dédié aux personnes adoptées et à leur famille. Leur histoire singulière suscite le respect. Leur volonté de se battre au quotidien, force l’admiration quand elles font de ce destin qu’elles n’ont pas choisi, un chemin de vie.