Alfred Rambaud écrivait à la fin du siècle dernier, dans son « Histoire de la Civilisation française », travail trop oublié sans doute aujourd’hui : « C’est de 1436 à 1440 que Gutenberg, de Mayence, découvrit à Strasbourg l'art d’imprimer avec des caractères mobiles. En 1469, trois élèves de Gutenberg viennent à Paris et s’installent avec leurs presses dans les bâtiments de la Sorbonne. Leur nom mérite d’être conservé : ce sont les premiers imprimeurs que connut Paris, ils s’appelaient : Ulric Gering, Michel Friburger et Martin Crantz. » En dépit des efforts d’Alfred Rambaud, et même de la protection du grand roi Louis XI, leur nom est aujourd’hui, à l’exception de quelques érudits, presque inconnu. Même dans la scène mémorable des Misérables : « Ceci tuera cela », leur nom n’est point mentionné. Dans le remarquable ouvrage qu’il me demande de préfacer, notre camarade de la Résistance, Paul Chauvet, s’efforce de faire rendre justice non point à ces trois fils méconnus de Gutenberg, mais à leurs successeurs : les fils de Gutenberg dans la Résistance, qui prirent une part importante à notre combat et qui en effet sont trop souvent eux aussi un peu méconnus. L’ouvrage de Paul Chauvet vient à son heure. Les recherches et les témoignages des survivants concernant notre lutte pour l’indépendance nationale et la dignité de l’homme doivent en effet apporter à nos petits-enfants les éléments qui, avec le recul nécessaire, permettront un jour à l’historien de dresser l’immense édifice que sera l’histoire de la Résistance, qui ne fut pas un accident dans la vie nationale mais marqua en France comme dans le monde entier un tournant décisif quant à l’évolution de l’humanité. Nous sommes quant à nous encore trop sous le poids de ce combat où tant des nôtres ont tout sacrifié pour évoquer ces heures de lutte, de passion, de colère, de souffrance et d’espérance, sans parti-pris.