Il est impossible de présenter en raccourci un ouvrage d’une telle richesse et d’une telle densité. Menant son enquête depuis le Principat jusqu’à la division de l’Empire en deux, se fondant en majeure partie sur des études prosopographiques, M. Gagé veut, par l’étude des classes, apporter sa contribution à l’aspect économique et social de l’histoire : le respect constant de cette perspective donne à son entreprise une admirable unité. L’auteur montre comment, à la division tripartie de la République (aristocratie, chevaliers, plèbe) se substitue, au cours d’un glissement de quatre siècles, dans une population qui a pu aller de 40 à 60 millions d’habitants, une division bipartie : les « gens de bien » (classe sénatoriale et décurionale) et les « petits» (colons, esclaves et miséreux). La stagnation des formes de travail et des moyens de circulation, la standardisation du mode de vie, l’indifférence de l’Empire aux critères ethniques, la diffusion de la culture, l’extension du droit de cité, entraînant le développement de la vie provinciale, le syncrétisme religieux, la formation des clientèles : tek sont les facteurs dominants d’une structure sociale, qui, par certains côtés, au cours du IVe siècle, annonce déjà celle du Moyen Age.