Les projets de mise en cartes de la famille ne datent pas d’hier : Projets totalitaires et ingénieux de domestication sans faille et pourtant sans grand avenir ; mais aussi entreprises de gestionnaires efficaces, sans grand dessein, procédant à coups de petites innovations disciplinaires. C’est ainsi que naissent l’obligation scolaire et la médicalisation des familles, les visites à domicile et le contrôle des voisinages, un environnement despotique et un patronage permanent. Pour l’essentiel pourtant la France bourgeoise s’est contentée d’une mise en scène de la famille. Au dehors les figures repoussoir : vagabonds, enfants morts ou abandonnés, mères mondaines et pères alcooliques ; mauvaises fréquentations et mauvaises habitudes... Dedans un décor simple et coquet où tout est fait pour voir, faire voir et surtout laisser à chacun - bourgeois ou ouvrier - l’illusion de chez soi... Cellule de base du corps social. Un enfant qui tourne en rond, une mère qui s’occupe à l’occuper et, s’il faut trianguler, le maître, “l’Homme invisible” dont parlait Michelet, et puis le père. A la place du souffleur un corps de spécialistes toujours renouvelé : pédagogues, médecins, hygiénistes, criminologues, autorités sociales et sociologues. La pièce est jouée devant une armée de bénévoles, philanthropes, militants, éducateurs et assistants sociaux. Dès lors la cellule familiale est à l’affiche de nos mœurs et la famille se met à exister bel et bien. Avec son âge d’or lorsque les institutions et elle font bon ménage, avec ses crises lorsque le souffleur est malade ou qu’il bafouille.