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Un Fils rebelle

Format : Broché


Edition : Grasset



Date de publication : 1981


Nombre de pages : 300


ISBN : 9782246254218


Auteur : Olivier Todd


Dimensions (L x H x E, cm) : 140 x 225 x 1.8


Poids (g) : 360


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Olivier Todd

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Résumé
I.?>Un homme en marche?>Devant Sartre, vivant ou mort, statufié par ses dévots ou lapidé par des cagots, je n'ai aucun droit à revendiquer, aucun devoir à remplir. Quelques comptes à régler, peut-être, et, sans doute, plus avec moi-même ou avec l'époque qu'avec lui. Brassant de l'air frais ou des vents pourris, filant dans la bonace ou la tempête, comme il tenait de la place, le bonhomme!Je l'avoue: je n'ai jamais été sartrien. Je l'admets: j'ai été influencé par lui. Je ne suis pas le seul. La maladie n'est pas honteuse. On s'en remet. Sartre a obsédé beaucoup de monde, du plus pâle des gauchistes à Raymond Aron. Vaste cortège pour un si modeste orgueil.J'ai admiré Sartre l'écrivain. J'ai eu beaucoup d'affection pour l'homme. Je n'ai jamais pris sa philosophie au sérieux: ici, je ne prétends pas avoir eu raison. Mais ce mécanisme de défense m'a protégé des plus néfastes rayons sartriens, surtout de ses lasers politiques qui se sont mis à symboliser le dérapage des intellectuels de gauche français sur la fin de ce xxe siècle qui n'a pas bonne mine.Pour moi, l'œuvre littéraire de Sartre n'est pas écrasée par sa politique.Je ne faisais partie ni de sa petite ni de sa grande famille. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1948; pour la dernière, quelques semaines avant sa mort.Je le revois, ce samedi 23 février 1980, attendant l'ascenseur. Seule « intuition phénoménologique » de ma vie: profonde et déchirante, j'ai la conviction que jamais plus je ne le verrai vivant. Mal rasé, en blouson et en polo, Sartre est tassé sur lui-même. Son regard aveugle m'observe pourtant. Je voudrais me persuader qu'il y aura dix, vingt, trente autres rencontres encore avec lui. Sartre lui-même fait semblant: tout à l'heure, au restaurant « la Palette», ayant presque vidé sa bouteille de bordeaux blanc, avant son irish coffee crémeux, l'alcool aidant à conjurer d'autres appréhensions, il a dit:— Je compte sur cinq ans, encore. J'aimerais dix, mais je compte sur cinq...Une horloge s'est arrêtée dans ma mémoire oublieuse: il est presque 15 h 30. Je vais lui serrer la main. D'un ton qui me paraît faux, je jette:— Je vous fais porter Putain de mort demain. Nous en parlerons la prochaine fois.Sartre semble las dans l'ombre tiède. Sa peau a cette grisaille grumeleuse des vieillards.Il sursaute:— D'accord. Le Castor dit que c'est un très bon livre Bost aussi.— Il faut absolument vous le faire lire, dis-je.Le Castor: Simone de Beauvoir, la référence, l'axe, la permanence de Sartre.Je ne suis pas de la famille parce que je n'ose ajouter: je vous le lirai. Je cherche une formule qui pousserait Sartre à plonger dans le superbe témoignage de Michael Herr sur le Viêt-nam. Sartre reconnaît que, ces jours-ci, les livres et la littérature qui passe ne l'attirent plus. Comment ce vorace lit-il maintenant avec ses oreilles? Je lâche:— Herr est tellement subjectif qu'il finit par être objectif.Je me suis servi de cette phrase dans un article sur Herr. Entre deux touches sur la machine à écrire, je me suis dit, moi qui prétends que jamais plus, jamais, plus jamais, je n'écris avec l'ombre de Sartre sur mon épaule: Sartre aimerait cela. C'est un peu flou, mais il aimerait...— D'accord, dit Sartre, je me ferai lire Herr.Depuis longtemps je ne pleure plus, mais j'ai des larmes aux yeux. Larmes d'enfant, larmes de futur vieillard. Sa mort est sûre. Je palpe presque ce noyau lourd, impénétrable.— Salut, dis-je.Parce que je lui ai souvent dit « salut » en le quittant? Pour ne pas dire « au revoir», sachant, avec une irrationnelle certitude, qu'il n'y aura pas une autre rencontre.— A bientôt...J'hésite. Il sourit. Je crois que ce sourire est doux, je veux qu'il le soit puisque je l'emporte. Croire qu'un sourire est doux, se sentir amoureux ou l'être, quelle différence?— Vous savez, dis-je, depuis quelques années, je suis souvent, le plus souvent, en désaccord avec vous... Mais je vous aime bien. Je vous aime beaucoup...— Moi aussi, dit-il.Au fond, je voulais m'assurer de cela. Pourtant, je le sais, il l'a dit: Sartre, qu'on l'aime bien ou mal, ça ne lui fait pas grand effet.9 février 1980. La belle jeune femme, énergique, remet ses bottes et s'en va.Sartre dit assez qu'il a aimé les femmes. J'espère qu'il peut encore les aimer, de toutes les manières.J'avais rendez-vous à 13 heures. Il mit longtemps à ouvrir la porte. Une musique de Bach emplissait l'étage. C'était non pas un disque mais une cassette, que Sartre, tâtonnant, enlève. Je m'assois devant la toile de Rebeyrolle. La conversation s'engage facilement, comme si nous nous étions vus quinze jours auparavant.

I.?>Un homme en marche?>Devant Sartre, vivant ou mort, statufié par ses dévots ou lapidé par des cagots, je n'ai aucun droit à revendiquer, aucun devoir à remplir. Quelques comptes à régler, peut-être, et, sans doute, plus avec moi-même ou avec l'époque qu'avec lui. Brassant de l'air frais ou des vents pourris, filant dans la bonace ou la tempête, comme il tenait de la place, le bonhomme!Je l'avoue: je n'ai jamais été sartrien. Je l'admets: j'ai été influencé par lui. Je ne suis pas le seul. La maladie n'est pas honteuse. On s'en remet. Sartre a obsédé beaucoup de monde, du plus pâle des gauchistes à Raymond Aron. Vaste cortège pour un si modeste orgueil.J'ai admiré Sartre l'écrivain. J'ai eu beaucoup d'affection pour l'homme. Je n'ai jamais pris sa philosophie au sérieux: ici, je ne prétends pas avoir eu raison. Mais ce mécanisme de défense m'a protégé des plus néfastes rayons sartriens, surtout de ses lasers politiques qui se sont mis à symboliser le dérapage des intellectuels de gauche français sur la fin de ce xxe siècle qui n'a pas bonne mine.Pour moi, l'œuvre littéraire de Sartre n'est pas écrasée par sa politique.Je ne faisais partie ni de sa petite ni de sa grande famille. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1948; pour la dernière, quelques semaines avant sa mort.Je le revois, ce samedi 23 février 1980, attendant l'ascenseur. Seule « intuition phénoménologique » de ma vie: profonde et déchirante, j'ai la conviction que jamais plus je ne le verrai vivant. Mal rasé, en blouson et en polo, Sartre est tassé sur lui-même. Son regard aveugle m'observe pourtant. Je voudrais me persuader qu'il y aura dix, vingt, trente autres rencontres encore avec lui. Sartre lui-même fait semblant: tout à l'heure, au restaurant « la Palette», ayant presque vidé sa bouteille de bordeaux blanc, avant son irish coffee crémeux, l'alcool aidant à conjurer d'autres appréhensions, il a dit:— Je compte sur cinq ans, encore. J'aimerais dix, mais je compte sur cinq...Une horloge s'est arrêtée dans ma mémoire oublieuse: il est presque 15 h 30. Je vais lui serrer la main. D'un ton qui me paraît faux, je jette:— Je vous fais porter Putain de mort demain. Nous en parlerons la prochaine fois.Sartre semble las dans l'ombre tiède. Sa peau a cette grisaille grumeleuse des vieillards.Il sursaute:— D'accord. Le Castor dit que c'est un très bon livre Bost aussi.— Il faut absolument vous le faire lire, dis-je.Le Castor: Simone de Beauvoir, la référence, l'axe, la permanence de Sartre.Je ne suis pas de la famille parce que je n'ose ajouter: je vous le lirai. Je cherche une formule qui pousserait Sartre à plonger dans le superbe témoignage de Michael Herr sur le Viêt-nam. Sartre reconnaît que, ces jours-ci, les livres et la littérature qui passe ne l'attirent plus. Comment ce vorace lit-il maintenant avec ses oreilles? Je lâche:— Herr est tellement subjectif qu'il finit par être objectif.Je me suis servi de cette phrase dans un article sur Herr. Entre deux touches sur la machine à écrire, je me suis dit, moi qui prétends que jamais plus, jamais, plus jamais, je n'écris avec l'ombre de Sartre sur mon épaule: Sartre aimerait cela. C'est un peu flou, mais il aimerait...— D'accord, dit Sartre, je me ferai lire Herr.Depuis longtemps je ne pleure plus, mais j'ai des larmes aux yeux. Larmes d'enfant, larmes de futur vieillard. Sa mort est sûre. Je palpe presque ce noyau lourd, impénétrable.— Salut, dis-je.Parce que je lui ai souvent dit « salut » en le quittant? Pour ne pas dire « au revoir», sachant, avec une irrationnelle certitude, qu'il n'y aura pas une autre rencontre.— A bientôt...J'hésite. Il sourit. Je crois que ce sourire est doux, je veux qu'il le soit puisque je l'emporte. Croire qu'un sourire est doux, se sentir amoureux ou l'être, quelle différence?— Vous savez, dis-je, depuis quelques années, je suis souvent, le plus souvent, en désaccord avec vous... Mais je vous aime bien. Je vous aime beaucoup...— Moi aussi, dit-il.Au fond, je voulais m'assurer de cela. Pourtant, je le sais, il l'a dit: Sartre, qu'on l'aime bien ou mal, ça ne lui fait pas grand effet.9 février 1980. La belle jeune femme, énergique, remet ses bottes et s'en va.Sartre dit assez qu'il a aimé les femmes. J'espère qu'il peut encore les aimer, de toutes les manières.J'avais rendez-vous à 13 heures. Il mit longtemps à ouvrir la porte. Une musique de Bach emplissait l'étage. C'était non pas un disque mais une cassette, que Sartre, tâtonnant, enlève. Je m'assois devant la toile de Rebeyrolle. La conversation s'engage facilement, comme si nous nous étions vus quinze jours auparavant.


Format : Broché


Edition : Grasset


Date de publication : 1981


Nombre de pages : 300


ISBN : 9782246254218


Auteur : Olivier Todd


Classement : 275322


Dimensions (L x H x E, cm) : 140 x 225 x 1.8


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