Un nom, synonyme ou promesse de génie ? Mozart
(1756-1791). Ce petit homme (1,66 m) qui signait ses
lettres «Trazom» reste assurément l'incarnation de tous
les paradoxes. Enfant virtuose et compositeur en butte aux
vexations d'une société qui jettera son corps dans une fosse
commune, esprit libre - il est adepte de la franc-maçonnerie
- et tête mystique - son oeuvre, même la moins religieuse,
est une mise en notes du phénomène divin -, il est aussi le
créateur bouleversant d'une musique qui ne cesse d'être légère,
sans être insignifiante - jamais elle ne pèse, ni ne pose -,
et d'un Requiem dont les accords funèbres retentissent d'une
gravité hors pair. Mais, plus que tout, Mozart est le dernier
représentant de l'esprit du XVIIIe siècle, qu'il porte à son
apothéose, cependant que son oeuvre annonce les révolutions
à venir et les langueurs du romantisme.
Mozart, ce sont encore des amis, des rivaux, des disciples ;
des oeuvres, des interprétations, et à travers celles-ci un style
inimitable, une manière de vivre - autant d'élans à la joie
qui continuent de se renouveler au gré des approches
successives. Tous et toutes, de Nietzsche à Harnoncourt, de
Heidegger à Barenboïm, de Bonnefoy à Bartoli, ce dictionnaire
les met pour la première fois en perspective, avec des points,
accessibles à chacun, sur les plus grandes partitions, de
Don Giovanni à La Flûte enchantée, et des conseils pratiques
du metteur en scène Patrice Chéreau, du chef d'orchestre
René Jacobs et de la chanteuse Barbara Bonney.
Composé sous la direction de Bertrand Dermoncourt,
directeur de la revue Classica / Répertoire, cet ouvrage mêle
à l'esprit de sérieux la prescription mozartienne : «Viva la
libertà !»
Stéphane Barsacq