Kôbô Abé est un des tout premiers écrivains japonais d'aujourd'hui. Redoutable parabole des temps modernes, son roman L'homme-boîte nous interroge un peu à la manière des pièces de Beckett. Cet homme, qui a enfoui sa tête et le haut de son corps dans une boîte en carton, n'est pas un Diogène cynique réfugié dans un tonneau par mépris de l'humanité. C'est un anti-héros, un être mythique, dont le mal profond est l'impuissance. Un voyeur aussi, car la seule relation qu'il peut établir avec le monde extérieur se fait par l'intermédiaire de son regard. Ce personnage anonyme a placé un écran entre les autres et lui afin de se protéger des contraintes de la société, est la boîte est pour lui à la fois sécurisante et protectrice. Tourmenté et solitaire, il est en même temps capable d'humour et même d'amour.Pour Kôbô Abé, qui est ausi médecin, une identité détruite peut en quelque sorte être "refaçonnée". Et c'est grâce à la femme qu'il aime que "l'homme-boîte" sortira de son carcan volontaire et rejoindra la vie. Ecrit dans une langue dense, drue, dépourvue de sentimentalisme, ce roman a eu un immense succès au Japon, avant d'être traduit en une quinzaine de langues.
Kôbô Abé est né en 1924. Son roman le plus célèbre, La femme des sables, a été couronné par le Prix Akutagawa, l'équivalent japonais du Goncourt, en 1962, et par le Prix du Meilleur Livre Etranger à Paris en 1967. Egalement auteur de La face d'un autre et de Le plan déchiqueté, ains que de plusieurs pièces de théatre, scénarios et romans de science-fiction, Kôbô Abé est mort le 22 janvier 1993.