Je voudrais pas crever
Je voudrais pas finir sans connaître la lèpre ou les sept maladies qu'on attrape là-bas le bon ni le mauvais ne me feraient de peine si si si je savais que j'en aurai l'étrenne et il y a Z aussi tout ce que je connais tout ce que j'apprécie que je sais qui me plaît le fond vert de la mer où valsent les brins d'algue sur le sable ondulé l'herbe grillée de juin la terre qui craquelle l'odeur des conifères et les baisers de celle que ceci que cela la belle que voilà mon ourson, l'Ursula je voudrais pas crever avant d'avoir usé sa bouche avec ma bouche son corps avec mes mains le reste avec mes yeux j'en dis pas plus faut bien rester révérencieux je voudrais pas mourir sans qu'on ait inventé les roses éternelles la journée de deux heures
La mer à la montagne la montagne à la mer la fin de la douleur les journaux en couleur tous les enfants contents et tant de trucs encore qui dorment dans les crânes des géniaux ingénieurs des jardiniers joviaux des soucieux socialistes des urbains urbanistes et des pensifs penseurs tant de choses à voir à voir et à z-enttendre à chercher dans le noir
Et moi je vois la fin qui grouille et qui s'amène avec sa gueule moche et qui m'ouvre ses bras de grenouille bancroche
Je voudrais pas crever non monsieur non madame avant d'avoir tâté le goût qui me tourmente le goût qu'est le plus fort je voudrais pas crever avant d'avoir goûté la saveur de la mort...