1789. Les états généraux se proclament Assemblée constituante et renversent la monarchie séculaire au profit de la nouvelle souveraineté de la nation. Face à cet ouragan, 300 députés, issus pour la plupart de l'ordre de la noblesse et du clergé, se rassemblent pour former le groupe que ses adversaires affublent du sobriquet de « noirs », portant le deuil de l'Ancien Régime, ou d' « aristocrates », bientôt promis à l'exil ou à la lanterne.
Grands seigneurs ou simples hobereaux, prélats, abbés de cour ou curés de campagne, mais aussi bourgeois pour une minorité, ils offrent un condensé de l'ancien monde, soudain réunis autour d'un trône en pleine déliquescence. Loin d'être tous des réactionnaires bornés, ces hommes comptent quelques orateurs d'exception qui perçoivent d'emblée la dérive jacobine et tentent de la conjurer en alertant un Louis XVI qui pourtant se méfie d'eux. Beaucoup sont arrivés en 1789 en disciples de Montesquieu, désireux de limiter le pouvoir royal ; mais le cours de la Révolution les transforme bientôt en défenseurs de cet Ancien Régime qu'ils étaient venus réformer. Certains, proches de Burke, tentent d'esquisser la première union des droites de notre histoire, tandis que d'autres prônent une contre-révolution intégrale en s'appuyant sur le pape Pie VI.
Jacques de Saint Victor raconte l'histoire méconnue de cette naissance de la droite qu'il poursuit jusqu'à la Restauration, dans un récit très enlevé, nourri à de nombreuses archives, croisant les événements marquants avec les grands débats parlementaires, ainsi que les multiples complots qui, de Paris au Vatican, émaillent la période.
Une leçon riche d'enseignements, notamment sur les racines du conservatisme en France, l'histoire des droites et leur impossibilité à s'entendre.