La métropolisation pose la réflexion sur les territoires en termes
nouveaux. Ce lieu d'articulation entre le global et le local tend à se
substituer aux cadres traditionnels (urbains, régionaux et nationaux) à
partir desquels les politiques territoriales étaient conçues et pilotées.
Mais la régulation politique métropolitaine demeure complexe et
incertaine, notamment à cause de l'absence de systèmes de
représentation et d'action politiques stabilisés à cette échelle.
Gouverner les métropoles impose donc la construction continuelle de
compromis entre des institutions et des acteurs publics portant des
intérêts et des stratégies divergents. Cette situation crée un climat
permanent de «coopération concurrentielle» et assure, par ailleurs, de
solides relais aux intérêts infra-métropolitains (communaux,
intercommunaux...) dans des domaines aussi essentiels que l'habitat,
les transports ou la fiscalité.
Le désaccouplement du territoire et des institutions publiques est
toutefois compensé par l'existence d'autres systèmes de mobilisation
qui concourent plus directement à la construction métropolitaine. On
observe fréquemment des formes plus souples et moins formalisées de
conduite du développement, laissant une part plus importante à la
collaboration des secteurs public et privé. Ces pratiques renouvellent
les registres de légitimité et inaugurent de nouvelles modalités de
représentation au sens où la capacité d'agir et de parler au nom des
intérêts métropolitains n'est plus acquise exclusivement par l'élection,
mais à travers des systèmes de filtrages informels et élitistes.