Thème classique de l'iconographie des temples du Cambodge
ancien, la `Gloire de Rama' ou Ramakerti se présente ici comme le
principal texte de littérature hérité de la période post-angkorienne
(XVe-XVIIIe siècle). Derrière la structure valmikienne propre aux
origines de l'épopée, le Ramayana classique indien, se
lit pourtant une appropriation khmère de ce
Miroir du prince, d'ailleurs présent sous de
multiples variantes d'un bout à l'autre de
l'Asie orientale. Datées d'entre la fin du XVIe
et le début du XVIIe siècle, les
scènes de ce livret de théâtre,
autrefois jouées par les
danseuses du ballet royal au sein du
palais, se situent dans une Inde mi-géographique,
mi-mythique. Cependant, elles
donnent un accès direct à la société de cour du
royaume khmer post-angkorien, à ses
valeurs bouddhiques comme à ses
pratiques de pouvoir, dessinées en
filigrane de l'épopée par les poètes du
XVIIe siècle. Historiquement,
cette production coïncide avec le
grand mouvement de refondation littéraire (codes
juridiques, codes gnomiques, inscriptions votives
bouddhiques, etc.) consécutif à l'entreprise de reconstruction politique
mise en oeuvre par les rois khmers, suite au sac dramatique de leur
capitale, Longvek, par les Siamois en 1594. Fleuron de la littérature
cambodgienne, le Ramakerti I atteste de l'importance de ce mouvement
refondateur.