C'est le grand roman turc de la Première Guerre mondiale : entre la bataille des Dardanelles (seule grande victoire ottomane de la Première Guerre mondiale) et les épisodes successifs de la déportation de centaines de milliers d'Ar-méniens d'Anatolie vers la Syrie, on suit deux destins, celui du colonel Ragîp Bey et celui d'Eufronia, l'infirmière arménienne dont il est amoureux. L'officier se met en route à la recherche de cette femme qui semble avoir été « avalée » par le trou noir de l'Histoire : une longue quête le mène à travers les zones de guerre du Sud de la Turquie et de la Syrie, puis à Alep où il imagine que leurs chemins pourraient se croiser.
L'évocation de l'horreur des marches forcées dans le désert, des camps d'internement, de la cruauté de certains fonctionnaires, de l'indifférence quasi générale des autres citoyens de l'Empire, de l'oubli auquel cette population est condamnée nous plonge dans une fresque historique dramatique qu'aucun auteur turc n'avait - jusqu'à présent - osé aborder avec tant de franchise.
Le thème de l'ouvrage est audacieux et Ahmet Altan a choisi de traiter la question avec empathie et humanisme, en rupture totale avec le discours officiel turc. L'auteur de Madame Hayat dresse un tableau nuancé et plein d'émotion d'une période troublée extrêmement complexe, à l'échelle d'une très vaste aire géographique, d'Istanbul à la Syrie.