Suscitant les espoirs et les craintes, les alarmes et les passions, la révolution portugaise aura bientôt deux ans. Une poignée de capitaines révoltés ont, à l'aube d'un 24 avril, réveillé le pays plongé depuis un demi-siècle dans une longue nuit de dictature : le peuple les a fêtés et fleuris d'œillets rouges. Mais les nuages sont vite venus menacer des libertés auxquelles on n'avait pas encore eu le temps de goûter. A peine Antonio de Spinola, après avoir prétendu régenter la jeune démocratie, avait-il disparu, que l'État, encore fragile, devait subir l'assaut d'un parti fossilisé, confondant le premier et le dernier quart du siècle, Lisbonne et Pétrograd. Un homme, Mario Soarès, et les socialistes portugais, fidèles à leur résistance au fascisme, ont alors mobilisé le peuple contre les dangers d'un nouveau totalitarisme, pour sauvegarder un bien qui n'a pas de prix : la démocratie. Cet ouvrage porte témoignage de deux années de lutte qui virent le Portugal accorder l'indépendance à ses territoires d'outre-mer, organiser des élections libres pour la première fois depuis cinquante ans, traverser de multiples convulsions et faire, de crise en crise, l'apprentissage de sa liberté. Contre une droite qui voudrait cueillir les fruits de leur lutte courageuse, les socialistes entendent gouverner et redresser une économie au bord de la faillite. Mario Soarès raconte ici le combat qui l'amène aujourd'hui à relever le défi du printemps de Prague pour montrer aux sceptiques que le " socialisme à visage humain " n'est pas un rêve inaccessible.