La réunion des arts et des sciences, dont un Musée central, selon le vœu de la Convention, aurait rassemblé les exempla, est une utopie. Trois musées, aux destins divers, ont été crées en 1973 : le musée du Louvre, le Muséum d'histoire naturelle et le Conservatoire des arts et métiers, et les chefs-d'œuvres des arts, de la nature et des techniques sont désormais isolés.
A partir d'un thème fédérateur, le corps et ses représentations et singulièrement ce qui l'anime, visage, tête, cerveau est-il possible d'imaginer ce qu'aurait été ce rêve encyclopédique ? C'est ce que l'Ame au corps s'est proposé de faire, deux siècles après la naissance de ces musées.
Ce livre a été écrit par ceux qui ont conçu l'exposition, avec l'aide de spécialistes internationaux, historiens d'art et historiens des sciences, gens de laboratoire et gens de musée, chercheurs et philosophes rappelant les liens qui ont, pendant deux siècles, à propos de l'esprit et de son fonctionnement (ou de son dérèglement), uni la démarche artistique à la démarche scientifique et au progrès technique.
Aujourd'hui, ces liens se sont amenuisés. L'anatomie, au XVIIIe siècle, est un savoir commun aux artistes et aux savants. L'investigation du visage et de ses expressions, de la phrénologie à l'anthropologie, de Lavater à Degas, est une passion partagée. Darwin et les théorie sur l'évolution influencent tout l'imaginaire du XIXe siècle, de Redon à Savinio. L'iconographie de la Salpêtrière, entre 1880 et 1900, offre un champ de sujets nouveaux dont s'inspirent Klimt, Munch, Segantini. Mais lorsque l'on entre dans le domaine de l'infiniment petit la recherche sur le neurone, les molécules, les gènes les retentissements sur la démarche de l'artiste se font plus discrets.
Le livre s'achève ainsi, par une double interrogation, sur la nature de l'art et sur celle de l'âme.
Jean Clair