Quand la lecture de La Condition humaine et de L'Espoir demeure prisonnière de leur contenu éthique ou de leur déroulement narratif apparent, ces deux romans sont rabattus dans les sombres zones d'une littérature d'idées et Malraux reste considéré comme un romancier somme toute hien traditionnel.
Cette étude se propose de les relire autrement, en les éclairant sous le jour des écrits sur l'art, dans lesquels Malraux affirme une esthétique foncièrement anti-réliste, et de ses réflexions sur la littérature, où il fait apparaître que « le génie du romancier est dans la part du roman qui ne peut être ramenée au récit ».
À partir de l'examen de faits de répétitions et de variations, qui sont chez Malraux au principe du processus créateur et qui accordent sa voix la plus profonde à celle du poète, on mesure combien ces duex grands romans polyphoniques pleinement de ce que l'on appelle « la littérature moderne ».
L'étude ouvre en même temps des perspectives : d'une part sur l'oeuvre entière de Malraux, des premiers écrits farfeuls à l'entreprise autobiographique, d'autre part sur l'examen d'une intertextualité active dans la production du sens, enfin sur le rôle de la répétition-variation dans le geste de configuration esthétique de l'univers du roman.