Les numéros de ces deux publications - dix-neuf pour Les Lettres françaises et dix-huit pour Les Étoiles -
sont des documents exceptionnels. Ils sont reproduits ici, ensemble, pour la première fois. En effet,
si Les Lettres françaises ont fait l'objet d'un reprint à diffusion réduite en 1947 sous la direction
d'Aragon, ce ne fut pas le cas des Étoiles.
Dès 1940, les Allemands tentent d'amener des intellectuels français à soutenir leurs projets politiques
qui, à terme, imposeront la loi du grand Reich sur tout l'espace européen. Ils bénéficient vite du soutien
actif d'écrivains comme Drieu La Rochelle ou Brasillach et de l'appui de Vichy. Ce projet est
immédiatement attaqué par des écrivains et des intellectuels qui, bravant des conditions d'isolement et
de danger terrifiantes, décident de s'organiser et de résister.
Fondées à Paris par quelques personnalités, parmi lesquelles Jacques Decour (qui en fut le premier
responsable jusqu'à son arrestation et son exécution par les Allemands), Jean Paulhan et Aragon,
Les Lettres françaises vont se développer lentement mais impérieusement et devenir pour la zone nord
l'organe du Comité national des écrivains, qui rassemblera finalement l'ensemble de la France
intellectuelle résistante et jouira à la Libération d'une énorme autorité morale.
En zone sud apparaissent Les Étoiles, fondées et dirigées par Aragon et un groupe d'écrivains, dont
Jean Prévost, Georges Sadoul, Stanislas Fumet. C'est l'équivalent des Lettres françaises, adapté à des conditions
de vie politique quelque peu différentes, puisque la zone sud n'a pas été occupée jusqu'en novembre 1942.
Assumant pleinement une autonomie qui vient de leur situation géographique et de la sensibilité de leurs
collaborateurs, Les Lettres françaises et Les Étoiles contribuent directement au combat contre
les occupants et Vichy. Elles dénoncent les ignominies et les atrocités dont Vichy et les Allemands se
rendent coupables, font l'éloge des hommes et des femmes qui luttent dans l'ombre ou dans les maquis,
mettent en lumière les combats des Alliés sur tous les fronts, exposent les projets de réorganisation de
la vie publique qui devra être mise en oeuvre à la Libération selon le programme du Conseil national de
la Résistance. Elles constituent donc deux grands journaux de la France résistante.