La philosophie au lycée passe pour une discipline «pas comme les autres»: on n'y apprendrait pas tant des connaissances qu'à «penser par soi-même» et à développer son esprit critique. Mais depuis une trentaine d'années, cette spécificité traditionnelle s'est exacerbée à outrance: on en vient aujourd'hui à refuser que les programmes puissent définir une culture philosophique élémentaire - ces connaissances que les élèves doivent pourtant bien acquérir comme base de leur réflexion! À force d'avoir peur des «questions de cours», on finit par encourager les acrobaties rhétoriques et le bavardage sans contenu. Et quand les savoirs indispensables ne sont pas explicitement enseignés par l'école, on favorise une fois de plus ceux qui ont eu la chance de les acquérir ailleurs.
Si l'on veut un enseignement de la philosophie plus formateur et plus démocratique qu'aujourd'hui, on ne saurait éluder cette question: quelle place doit-il faire aux connaissances? Aux grandes idées philosophiques classiques et contemporaines, bien sûr. Mais aussi aux sciences et à toutes les formes de savoirs dont la philosophie n'a jamais cessé de se nourrir.
Issu d'un colloque organisé par l'Acireph (Association pour la création d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie) les 24 et 25 octobre 2002, le présent ouvrage rassemble à la fois des réflexions d'universitaires et de professeurs de lycée: Daniel Andler, Gérard Chomienne, Serge Cosperec, Philippe Descola, Nicole Grataloup, Loïc de Kerimel, Gérard Malkassian, Alain Marchal, Matthieu Potte-Bonneville, Jean-Jacques Rosat, Claudine Tiercelin et Cécile Victorri.