Gosier, ventre, lèvre, joues, palais... quelles parties du corps révèlent
le gourmand dans la culture européenne ? Notre société lipophobe
nous poussera sans doute à souligner l'embonpoint du personnage qui
contrevient aux règles de la diététique. Mais l'on pourra aussi scruter ses
manières de table et sa gestuelle. Selon que la gourmandise est pensée
comme le goût de la bonne chère ou comme le péché de goinfrerie, on
valorisera ou dénigrera la corpulence et les attitudes du gourmand. Le
gourmet sait choisir les plats, maîtrise tout un art de vivre, tandis que
le goinfre se comble la panse en cachette ou sans tenir compte des
règles de civilité. On voit par là que le corps du gourmand se construit
dans un subtil jeu de relations sociales.
De l'Antiquité gréco-latine à nos jours, ce livre décline ces questions
dans le temps pour en saisir toutes les évolutions et les différents
enjeux politiques, religieux, médicaux ou moraux. Ecrites par des
littéraires, des historiens et des historiens de l'art, les quinze
études rassemblées analysent et interprètent les incarnations de la
gourmandise en s'appuyant sur une histoire de l'alimentation et une
histoire du corps en plein essor dans l'historiographie actuelle.