Les images photographiques, qui nous sont tellement familières, passent
pour immédiatement intelligibles et évidentes. Et pourtant, la plupart d'entre elles
provoquent un bref étonnement, une interrogation ou une perplexité qui perdure.
En prenant appui sur une collecte personnelle d'images de toute époque glanées au
fil des ans, d'anonymes, d'auteurs oubliés ou d'amateurs qui échappent aux catégories
instituées par la notion d'auteur-photographe, Michel Frizot exerce un contre-regard
qui va à rebours des critères de l'histoire, de l'art et de l'excellence.
Toute photographie fait énigme, pour le regard : car l'énigme est constitutive du fait
photographique en soi. Elle résulte de la distance entre la vision naturelle et la procédure
de captation photosensible d'un appareil. Les modalités de la saisie, les intentions
du photographe, les réactions et implications du «photographié», en creusant
cet écart, créent des formes nouvelles et des exigences perceptives propres à la
photographie. Il s'agit avant tout, en regardant avec attention, de comprendre combien
les photographies, par le dépassement de nos capacités visuelles et le débordement
de nos intuitions, provoquent aussi l'empathie et le besoin de projeter des
préoccupations personnelles. La part d'énigme de la photographie témoigne, de fait,
de ce qu'est «être humain».
Photographic images-so familiar to us-are considered immediately intelligible.
And yet, most of them provoke a brief burst of astonishment, doubt or
lasting perplexity.
Based on a personal collection of images from various periods gathered over the
years, taken by anonymous photographers, forgotten auteurs or amateurs defying
the categories established by the concept of the auteur-photographer, Michel
Frizot's vision runs counter to the accepted criteria of history, art and excellence.
Every photograph is an enigma for the gaze: for the enigma is part of the photographic
act itself. It ensues from the distance between the natural vision and
the camera's photosensitive capture process. By widening this gap, the modes of
capture, the photographer's intentions, and the reactions and involvement of the
'photographee' together create new forms and perceptual requirements specific
to photography. It is a question, above all, of understanding how much photographs,
by transcending our visual capacities and going beyond our intuitions, also
give rise to empathy and the need to project personal concerns. The element of
enigma in photography bears witness, in fact, to what it is to 'be human'.